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Tuesday, November 25, 2014

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Une entrevue avec l’écrivain Marc Levy

Tags: Books and Authors
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Marc Levy

Le treizième roman de Marc Levy, Si c’était à refaire, paru récemment aux Éditions Robert Laffont, est un thriller haletant, doublé d’une ré­flexion perspicace sur la vulné­ra­bi­li­té et le devenir des démocraties. Une intrigue d’une rare intensité qui ne laisse pas une seconde de répit au lecteur. Marc Levy mêle avec une virtuosité impressionnante la fiction et des faits historiques réels qui se sont produits durant la dictature militaire impitoyable qui, de 1976 à 1983, a meurtri le peuple argentin. Un véritable tour de force littéraire. C’est sans aucun doute le roman le plus ambitieux et le plus “politique” de l’auteur des best-sellers mondiaux Et si c’était vrai…; Sept jours pour une éternité…; Mes amis, mes amours; Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites…

Andrew Stilman, grand reporter au New York Times, vient de se marier. Le 9 juillet 2012 au matin, il court le long de l’Hudson River quand il est soudainement agressé. Une douleur fulgurante lui transperce le dos, il s’ef­fondre dans une mare de sang. Andrew reprend connaissance le 9 mai 2012… Deux mois plus tôt, deux mois avant son mariage. À compter de cette minute, il a soixante jours pour découvrir son assassin, soixante jours pour déjouer le destin. De New York à Buenos Aires, il est précipité dans un engrenage vertigineux. Une course contre la montre, entre suspense et passion, jusqu’au dénouement… à couper le souffle.

À 51 ans, Marc Levy, qui vit aujourd’hui à New York, est un véritable phénomène dans le monde de l’édition littéraire. Ses romans, traduits en 45 langues, se sont vendus à plus de 24 millions d’exemplaires à travers le monde. Son premier roman, Et si c’était vrai… publié aux Éditions Robert Laffont en 2000, a été adapté au cinéma par un grand Maître du 7ème art, Steven Spielberg. Il est l’écrivain français le plus lu dans le monde.

Le 15 novembre prochain, Marc Levy sera l’invité d’honneur du Mois du Livre Juif, une Manifestation littéraire organisée par la Bibliothèque Publique Juive de Montréal. Cette Causerie littéraire avec l’écrivain fétiche de la Francophonie sera organisée en collaboration avec le Programme culturel Les Belles Soirées de l’Université de Montréal.

Rencontre avec un conteur d’histoires hors pair, affable, humble et généreux, encore étonné de son méga succès planétaire.

Canadian Jewish News: Comment a germé l’idée de votre nouveau roman?

Marc Levy: Me mettre dans les chaussons d’un journaliste d’investigation, ça a été une expérience littéraire passionnante. J’ai mené à la fois une enquête journali­stique et une enquête policière. Le journalisme d’investigation est un métier noble et très audacieux qui m’a toujours fasciné. Aujourd’hui, dans les démocra­ties, alors qu’un fossé de plus en plus grand sépare le pouvoir élu et le pouvoir exercé, le journa­lisme d’investigation est l’ultime rempart contre les dérives politiques et affairistes.

C.J.N.: Votre récit évoque, avec moult détails, les années noires de la dictature militaire argentine et les nombreuses exactions ignobles qu’elle a perpétrées, notamment l’enlèvement d’enfants argentins à leurs familles. Vous décrivez aussi une scène de torture in­sou­te­nable.

Marc Levy: Toute l’enquête menée par Andrew Stilman est vraie. Je me suis longuement documenté avant d’entamer l’écriture de ce roman. Cette scène de torture, qui est réelle, fut très dure à écrire. C’est une torture que mon propre père, Raymond Levy, Résistant antinazi durant la Seconde Guerre mondiale, a subie lorsqu’il fut arrêté par la Gestapo. La torture est universelle. Les Salauds appliquent les mêmes méthodes depuis la Nuit des Temps. Les dictateurs argentins employaient des méthodes de torture aussi abjectes que celles auxquelles avaient recours les nazis dans les années 40 pour supplicier leurs victimes. Ce qui m’intéressait dans ce roman, c’était de partager avec Andrew Stilman une question fondamentale: qu’est-ce qui fait que tout à coup un pouvoir politique réussit à convaincre des hommes à basculer dans l’horreur, sous couvert d’une légi­ti­mité gouvernementale? C’est une question passionnante. Je ne vous parle pas des demeurés mentaux en Norvège et à Toulouse qui ont com­mis dernièrement des crimes ef­fro­yables, que je considère comme des dérives animalières au milieu de six milliards d’êtres humains, mais d’entités politiques qui parviennent à convaincre des millions d’hommes et de femmes intelligents de cautionner leur politique meurtrière.

C.J.N.: On sent en lisant votre roman que l’avenir des démocraties vous préoccupe beaucoup?

Marc Levy: Très nombreux sont ceux qui croient toujours que les dictatures ne peuvent voir le jour que dans des pays pauvres et sous-développés. C’est un grand leurre. Culturellement, intellectuellement, artistiquement… la société argentine de l’époque de la dictature des Généraux n’avait rien à envier à nos sociétés occidentales. Si vous interrogez des Argentins sur cette période macabre de leur Histoire, ils vous diront presque una­nime­ment que personne n’aurait pu imaginer que l’Argentine basculerait un jour dans une dictature militaire aussi féroce. J’ai une certitude: la démocratie est aussi fragile que vivante. N’importe quel pays peut à un moment donné sombrer dans une dictature. Je peux vous assurer que si aujourd’hui la Hongrie ne faisait pas partie de l’Union Européenne, ce pays serait une dictature parce que le Premier mini­stre hongrois, Viktor Orban, est un autocrate obtus dont les desseins autoritaires ne sont limités que par les contraintes économiques que lui imposent l’Union Européenne et la peur de mettre son pays en faillite.

C.J.N.: Quel regard portez-vous sur les révoltes qui ont embrasé plusieurs pays arabes au cours de la dernière année?

Marc Levy: Indéniablement, les “Printemps arabes” sont une des grandes évolutions politiques positives du XXIème siècle. Désormais, plus aucun dictateur ne dort tranquille. Les “Printemps arabes” ont débarrassé des peuples arabes opprimés de pito­yables dictateurs que le monde occidental avait pour sa quiétude, n’ayons pas peur de le dire, bien engraissés, bien nourris et bien protégés. C’est formidable qu’ il y ait aujourd’hui dans le monde arabe une ferveur populaire qui a fait basculer non seulement des dictatures, mais aussi le regard que les hommes politiques occidentaux portent sur les dictateurs, qu’ils ont souvent ap­puyés.

Quand on voit le nombre de satrapes qui ont été renversés au cours de la dernière année, je trouve ça très encou­rageant parce que désormais, les dictateurs qui sont toujours au pouvoir doivent se sentir un peu moins à l’abri de tout danger. Les “Printemps arabes” sont une leçon salutaire pour l’humanité et une très belle lumière sur le monde. Même le dictateur nord-coréen doit se sentir aujourd’hui un peu moins sûr de lui. Quand à Bashar el-Assad, j’espère qu’il tombera aussi bientôt.

C.J.N.: Mais, jusqu’ici, les grands vainqueurs de ces “Printemps arabes” semblent être les Islamistes. Cette tendance politique délétère vous inquiète-t-elle?

Marc Levy: Je crois qu’il faut accorder au pays arabes le même temps que l’Occident s’est donné pour instaurer des régimes démocratiques. Il faut se rappeler qu’au lendemain de la Révolution française, on a connu la Terreur et qu’après la première Révolution russe de février 1917, où le Tsar fut renversé, le peuple russe confia le pouvoir aux bourgeois, qui instaurèrent une autre dictature qui a duré 60 ans. Ne soyons pas dupes! Un peuple qui a vécu pendant très longtemps sous le joug d’une dictature dispose rarement des structures politiques, sociales et éducatives nécessaires pour écha­fau­der un système politique démocratique. On ne passe pas du jour au lendemain d’une dictature à la Région Poitou-Charentes -l’une des 22 Régions de France- ou au Canada! Il est certain que tous les pays arabes qui se sont affranchis de la dictature traverseront des zones de turbulence et des crises de croissance et commettront certainement des erreurs de jeunesse. Mais tout dictateur qui songera à un moment donné à reprendre le pouvoir saura que son prédécesseur a terminé pendu.

C.J.N.: La fraternité et la solidarité entre les peuples vous y croyez résolument.

Marc Levy: Dur comme fer, c’est ma religion! Je suis opti­miste de nature. Mais le conflit israélo-palestinien me bouleverse beaucoup. C’est un conflit qui est devenu insuppor­table. Quelles que soient les causes et les re­spon­sa­bi­li­tés respectives, le drame israélo-palestinien me heurte profondément. Mais, aujourd’hui, une des plus belles choses du monde, c’est qu’il y a de l’espoir pour que les Israéliens et les Palestiniens se réconcilient prochainement. Je pense que la grande majorité des Palestiniens et des Israéliens sont prisonniers de la petite minorité d’extré­mistes qui sévissent cyniquement dans les deux camps. Tant que les sociétés civiles israélienne et palestinienne ne museleront pas leurs extré­mistes, le conflit perdurera. Mais, dès que les populations civiles palestinienne et israélienne se sentiront politiquement plus laïques que religieuses et cesseront d’avoir peur des ultra-­islamistes et des Juifs ultra-orthodoxes, la paix sera à portée de main.

C.J.N.: Envisagez-vous d’aborder dans un de vos prochains romans le drame israélo-palestinien?

Marc Levy: J’adorerais aborder ce thème si j’ai quelque chose d’original à raconter sur celui-ci. Mais ce que je viens de vous dire sur cette question grave sont des idées d’une banalité affligeante partagées par beaucoup de gens.

C.J.N.: Vos romans sont-ils pour vous une occasion pour transmettre à vos lecteurs et lectrices des messages à ca­rac­tère politique ou social?

Marc Levy: Pour rester dans une très vieille Tradition, dans mes romans, je me contente de partager des questions, je n’ai pas la prétention de donner des réponses. Il y a une histoire juive qui dit: “Quelqu’un a une question? J’ai une réponse”. Mon adage est plutôt: “Quelqu’un a une réponse? J’ai une question”. Ce qui m’intéresse, c’est de susciter des questions. Je ne suis détenteur d’aucune réponse. Je ne pense pas du tout que le personnage d’Andrew Stilman donne la moindre leçon à quiconque. D’ailleurs, ce journaliste désarçonné pose la plus terrible des questions sans apporter la moindre ré­ponse: “Quand on est détenteur d’une vérité qui risque de détruire la vie d’innocents, que faut-il faire de cette vérité?”

 

New York-based French author Marc Levy will be the special guest at Jewish Book Month in November. Here he talks about his latest novel and current world events.

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